QUE M'ARRIVE-T-IL CE MATIN ?
(E. Lemaire / Eric Lemaire)
Tiens, que m’arrive-t-il ce matin ?
Y’a du soleil au bout d’mes mains.
Oubliés pour un temps
Les passages souterrains,
Passagers d’un rêve clandestin.
Vague déchaînée dans les tourments,
Etrangement calme, les jours suivants.
Tiens, que m’arrive-t-il ce matin ?
Demi-sommeil au creux d’tes reins,
Bien à l’abri de leurs soucis.
Sens interdits sentencieux,
Le tout pouvoir yeux dans les cieux,
Un encensoir pour les envieux.
Etrangement vides, les prétentieux.
Refrain :
Que m’arrive-t-il ce matin ?
Pas moyen d’sortir de l’enfer du décor.
Pas vraiment solitaire,
Mais j’sais qu’si j’m’aventure dehors,
Croiser tous ces conquistadors
Prêts à tout pour leur médaille d’or :
Pisser plus loin, parler plus fort,
Pour une épitaphe plus conforme.
Toute leur vie pour un post-scriptum :
N’oubliez pas mon passage
Chez les hommes.
Tiens, que m’arrive-t-il ce matin ?
Une nuit de veille, mais faudra bien
Sortir un jour, comme si de rien.
Ton sourire battu d’avance,
Ne pas en vouloir à la science.
Une vie coincée entre deux délivrances.
Etrangement simple, une existence.
Refrain
Tiens, que m’arrive-t-il ce matin ?
Une belle journée, mais t’en sais rien.
Accord tacite, classé sans suite.
Ni dieu, ni maître, ni croyance,
J’peux même pas t’souhaiter “bonne chance”.
Un autre monde, quelle importance ?
Etrange mensonge pour une absence.
Tiens, que m’arrive-t-il ce matin ?
La vie s’enraye et j’y peux rien
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UNE VILLE
(E. Lemaire / E. Lemaire)
Une ville s’illumine,
Maquillage de vitrine.
Ses attraits, ses atours,
Tours vitrées pour les mauvais jours.
Un détour, ses artères
Bouillonnantes de naufrages volontaires.
Un asile ancillaire
Pour s’passer les nerfs de l’amer.
Elle croise ses longues avenues,
Se farde des insomnies de la rue.
Elle croise ses longues avenues,
Pare ses trottoirs
Des plus beaux attributs.
Une ville s’éparpille,
Ses dessous sans décence
Sont salis. Un murmure,
Plus d’censure,
Plus de sang sur les murs.
Elle, taciturne, robe tachée
Par le mépris des plaisirs diurnes.
Un abcès, un excès,
Caniveaux en fosse commune.
Elle croise ses longues avenues,
Se farde des insomnies de la rue.
Elle croise ses longues avenues,
Pare ses trottoirs
Des plus beaux attributs.
Refrain :
Elle recrache ses amants
Derrière le périph’.
Banlieues en antichambre
En attente d’une étreinte
Brûlent du désir ardent
Des amours défuntes.
Une ville hypnotise.
Ville facile en paillettes électrise
L’imprudent perdu dans
Les décombres
De ses recoins sombres.
Elle s’agite, elle palpite
Au gré des soupirants
Qui s’agitent en rêvant
De la quitter à temps.
Elle s’agite, elle palpite,
Ils payent et ils monnayent
Ses faveurs
Pour leur place au soleil.
Elle croise ses longues avenues,
Se farde des insomnies de la rue.
Elle croise ses longues avenues,
Pare ses trottoirs
Et défroisse sa tenue.
Refrain
Une ville se réveille.
Lui coule au coin des yeux
Une ruelle,
Une perle.
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