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. On s'fait une bouffe

Portraits crachés

Sorti en 2004, cet album est le premier du groupe On s'Fait une Bouffe. L'ensemble de l'album raconte la vie d'un quartier autour du bar "Chez Maurice". On y rencontre La Voisine, un Retardataire, Lulu, Georges...

9 textes

e ne sais rien. J'ai c

CHEZ MAURICE
(E. Lemaire / Eric Lemaire)

Dans ce petit bar,
Tenu par Maurice l'ancien taulard,
Debout derrière son comptoir,
Torchon sur l'épaule du matin au soir.
On se demande c'que peut entendre
Le type au taxiphone
Entre la musique crachotante
Qui sort du vieil électrophone,
Et les conférences pathétiques
Du vieux Georges sur la politique,
Les rouges qui viendront tout changer
Surtout ceux qui coulent dans l'gosier.

Dans un coin, y'a la vieille Marlène
Qui permet de cracher sa haine.
Les soirs de paye, c'est l'défilé
Entre prolétaires du quartier,
Sauf le Lulu qui aime pas bien ça,
Qui préfère rentrer chez soi.
Il paraît d'après l'gros Dédé
Qu'il serait un p'tit peu pédé.
Après, c'est l'heure de la tournée,
Histoire de se rincer l'gosier,
Lulu qui revient pour trinquer
A la santé de l'amitié,
A la santé d'un tas d'conneries
Qui les mènent bien après minuit
Chanter ce qu'ils ont sur le bide
Et s'embrasser les yeux humides.

Quand le Maurice en a assez
De voir les ardoises s'allonger
En même temps que le gros Dédé
Qui a perdu l'usage de ses pieds,
Il arrête l'électrophone
Et la conférence du vieux Georges
Qui parle de la société
Au portemanteaux qui est dans l'entrée.
Il descend le store qui s'déglingue,
Passe un coup d'éponge sur le zinc
Et sur l'ardoise du gros Dédé
Qui aurait d'toute façon pas payé,

Etale la sciure sur le sol,
Enlève son torchon de l'épaule,
Eteint l'enseigne du café,
Ecoute les derniers s'en aller.
Le p'tit Lulu ramène Marlène
Sur son vieux Solex qui se traîne.
Lui seul a le droit de connaître
L'adresse de son petit deux pièces.
Elle colle sa joue sur son dos,
Enfouit les mains dans son manteau,
Un mince sourire sur les lèvres,
Elle savoure le jour qui se lève…

Dans ce nouveau bar
Tenu par une vraie tête de lard,
Accoudé à son comptoir,
Compte les verres, surveille les pourboires.
On se demande c'que peut capter
Le type avec son portable
Dans la musique aseptisée
Que crachent les tout nouveaux HP,
Et les conférences antipathiques
D'un jeune con sur l'économique
Qui parle des gens à sacrifier
Si on veut tous un jour bosser.
La vieille Marlène est remplacée
Par les films à la télé
Et maintenant, l'défilé se fait
Au vidéoclub du quartier
Sauf le Lulu qui aime pas bien ça,
Qui préfère boire un coup chez moi
Et me parler du gros Dédé
Qu'il a connu y'a des années
Dans un petit bar oublié,
Un petit bar déserté…

L'ECU
(E. Lemaire / E. Lemaire)

Vous excuserez, je pense,
Mon vocabulaire
De n’pas assez mettre en avant
Vos arrières.
Mais l’espace ultime où
Votre dos disparaît,
Cette courbure sublime
M’a rendu muet.

Je n’trouve pas les mots justes
Pour dire ce frisson,
Détourner de votre buste
Les yeux polissons,
Les amener à regarder
Plus en détail
Les toutes proportions gardées
De votre taille.

Votre corps tout entier est,
Soyez en certains,
De vos seins de rêve
A la sève de vos reins,

L’objet de mes faiblesses,
Celui de mes caresses,
Objet de culte pour femmes folles
A la messe.
Mais serait-ce un oubli
Sur la carte de tendre,*
Un piètre raccourci
Quand je n’puis plus attendre,

D’ignorer cet endroit,
Me frayant un chemin
Caché sous les sous-bois
Aux mystérieux parfums.

Quel artiste sensé
Est censé égaler
L’art de la nature
Lorsqu’il est si parfait.
Imiter n’est que dire
De façon détournée
Mon impuissance à créer
La perfection innée.

Vos courbes, mesdemoiselles,
Sont de toute façon
L’idéal, le modèle de mes contrefaçons.



CONG'PAY'
(E.Lemaire / E. Lemaire)

C'était le temps
D'avoir le temps d' partir,
De prendre le train
Les valises pleines de maillots de bain
Tricotés main.
Ils voyaient la mer
Et les couchers de soleil pour la première fois.
Cong' Pay' merveille,
Deux semaines rien qu' pour soi.

C'était le temps
D'avoir le temps d'mourir.
Avoir vingt ans,
C'était le gage d'avoir évité Le pire.
Les histoires du père,
Les histoires de poilus,
Ne les touchaient pas.
La Der des Der
Etait loin déjà...

Mais dix ans plus tard,
Les vivants regardaient les ruines
De ce bain de sang,
Comptaient les absents.
Aujourd'hui qu'on a oublié
Ce que la haine peut engendrer,
Faites gaffe, elle revient en rampant.

C'était le temps
D'avoir le temps du désir.
Avoir vingt ans,
Les coeurs chavirent
Dans les bals à n'en plus finir
Et sous les lampions,
Les coeurs qui frémissent
Se foutent bien des tranchées de Verdun.

Mais dix ans plus tard,
Les vivants regardaient les ruines
De ce bain de sang,
Comptaient les absents.
Aujourd'hui qu'on a oublié
Ce que la haine peut engendrer,
Faites gaffe, elle revient en rampant.

JE ME RESSEMBLERAI
(E. Lemaire / E. Lemaire)

J'crois qu'un jour, je l'ai croisée
Au détour d'une rue d'un quartier d'à-côté.
Elle était toute vieille, toute ridée maintenant.
C'est vrai qu'à mon âge, je ne suis pas reluisant.
Elle m'a dit :
"Toi, ta vie, qu'est ce que-t'en a fait ?
Qu'est-ce t'as fait de tes envies
De vouloir tout changer.
J'me rappelle, tu pouvais pas tenir
A la même place.
T'as même pas réussi à me faire
Une petite place"

Allez, ciao ma belle,
J'te souhaite toutes les étoiles du ciel.
Quant à moi, tout c'que je peux m'souhaiter,
C'est qu'un jour, je me ressemblerai.

J'crois qu'un jour, je l'ai croisé.
D'un simple regard, il m'a vouvoyé.
Il avait réussi et ça se voyait.
Il en avait chié mais l'avenir lui souriait.
Il m'a dit :
"Toi, ta vie, qu'est ce que-t'en a fait ?
Qu'est-ce t'as fait de tes envies
De vouloir tout changer.
J'me rappelle, tu voulais mettre un coup d'pied
Dans tout ce bordel.
Nous, ça faisait un moment
Qu'on croyait plus au Père Noël"

Allez, ciao mon pote,
J'te souhaite toutes les étoiles des autres.
Quant à moi, tout c'que je peux m'souhaiter,
C'est qu'un jour, je me ressemblerai.

J'crois même qu'un jour, je me suis croisé,
Et j'ai mis un moment à pouvoir me regarder.
Ca m'a surtout étonner d'avoir pu traverser,
Pu survivre aux absences
De cette putain d'existence.
J'me suis dit :
"Moi, ta vie, qu'est ce que j'en ai fait ?
Qu'est-ce j'ai fait de mes rèves
De vouloir tout changer.
J'me rappelle, j'me rappelle qu'un soir,
J'm'étais croisé,
J'm'étais promis, juré
De n'pas m'laisser tomber"

Allez, ciao ma vie,
J'te souhaite toutes les étoiles d'ici.
Quant à moi, tout c'que je peux m'souhaiter,
Je le dépose à tes pieds.



MEGALO
(E. Lemaire / E. Lemaire)

C’est du boulot
De traîner sa mégalo,
D’écrire entre les lignes
De la main des histoires.
Puis s’en laver les mains
Pour ne pas y croire.
Non, mais sérieusement,
Vous y croyez vraiment.

Refrain :
On vous l’a dit :
« C’est pas dans cette vie-là
Que vous y changerez quoi que ce soit ».
Alors comment ça va ?

C’est du boulot
De traîner sa mégalo.
Un pavé dans la mare,
L’amertume au dortoir,
Tant de bruits de basse-cour
De courbettes dans le velours.
Pourquoi tant de détours.
Ne comptez plus sur moi
Pour faire passer les plats.
J’ai trop de bouteille maintenant
Dans les veines,
Dans le sang.

Refrain

C’est du boulot
De traîner sa mégalo.
Derrière le coin du mur
M’attendent Pancho Villa
Et Ernesto.
Même si au bout du compte,
Ce n’est pas ce coin là,
La prétention de croire
Qu’il n’y a que moi
Qui le voit.

Refrain

 

LA VOISINE
(E. Lemaire / E. Lemaire)

La télé lui rappelle
Qu'il se passe quelque chose à l'extérieur.
Autres mondes, autres mœurs,
Autres morts, autres peurs.
Qu'est-ce que ça peut bien lui faire
Ce qui se passe à l'autre bout de la Terre,
Toutes ces guerres, ces mystères,
Et tous ces gens qui se foutent en l'air ?

Entre ses quatre murs,
Plus rien ne se déplace.
La seule personne qu'elle voit encore,
C'est sa pauvre gueule dans la glace.
Et elle a du mal à admettre
De voir sa beauté disparaître,
Elle qui enflammait les esprits,
Elle qui rêvait qu'on la surprenne,
Qui aurait voulu qu'on l'emmène,
Qui est restée fidèle par ennui.

Elle, elle aurait voulu
Que ce monde qui ne tourne plus rond soit carré,
Pour se recroqueviller dans un coin,
Tout oublier de ces petits riens
Qu'elle aimait bien,
Délaissés sur le bord du chemin.

Tant de doutes, tant de cris
Pour en arriver jusqu'ici.
Tant d'amour mal compris
Pour arriver jusqu'à ce lit.
Envies perdues un sale jour
Pour plaire aux gens autour.
Et ce corps que l'on dresse
Pour justifier notre paresse.

Elle, elle aurait voulu
Que sa p'tite vie soit remplie de magie,
De tours de passe-passe dans la nuit,
Disparaître dans un nuage de fumée
Pour réapparaître de l'autre côté.

Dans son appartement,
Plus rien ne se déplace.
Le seul changement qu'elle voit encore,
C’est sa pauvre gueule qui se froisse.
Qu'elle a du mal à reconnaître
Sous les traits que le temps, ce traître,
A maltraité jusqu'à l'usure.
Plus question de changer d'avis,
Plus question de changer de vie.



RUE MARINE
(H. Gasciolli, E. Lemaire / H. Gasciolli)

Quand le soleil décline mon invitation
Et que mes bras retombent à force de gravitation
Quand la lune est trop froide
Pour nous chauffez moi et mon âme
Et ma tête bien trop lourde de sens
Entraîne mes pas de danse

Refrain :
Au 7 bis rue marine
y’a une porte au fond du couloir
Tapez 3 coups pour voir
Toute la lie de la cour des miraculés d’un soir
Venus s’pendre au parloir

Quand brusquement
La nuit tombe
S’alanguit a mon chevet
Une ombre, excusez du peu,
Singeant tous les plaisirs des dieux
Vous m’avez tous l’air heureux

Refrain

Au bout du compte, a r’tenir
Quelques pleurs, un sourire
Personne ne meurt
C’est juste pour rire
Qu’on s’invente des souvenirs
Dans un siècle comme en cent
Commence le renoncement
Personne ne crie autant s’dire
Que tout ça n’valait pas la peine
Qu’a chaque jour suffit sa haine.

Refrain

Au 7 bis rue marine, pas d’corps sage
Comme une image
Exquises esquisses des seins
Qui en font presager de plus noires
Au 7 bis rue marine,
Y’a une porte au fond du couloir.

CHANSON COURTE
(E. Lemaire / E. Lemaire)

C'est au détour d'un désarroi
Que naquit cette chanson-là
D'un air frais de préambule.
Mais cet air-là que je ne connais pas
Remplit mes mots en fatras
Pris dans l'acier de mes mandibules.

Peut-être bien que je ne la finirais pas,
Cet air-là reste sans voix.

Mais…
S'il m'reste plus longtemps dans la tête
Que la flamme d'une allumette,
Tirons le bout de ficelle.
Les mécaniques qui se dérouillent,
Une voix, là, qui me chatouille
La belle affaire.

Des mots qui se mettent à s'enlacer,
A s'étreindre, à se balancer
Des mots par-dessus l'épaule
Bredouillés sur ce bruit de casserole.

Peut-être bien que ça ne finira pas
Qu'on n'est peut-être pas là pour se faire…
Voler dans les plumes
Et puis la nuit balayera
Cette chanson qui n'a qu'un bras
Grisée aux vagues de l'amertume.
Et cette chanson qui n'en est pas…
Une me dit tout ça tout bas :
"Va t'en voir là-bas si j'y suis,
Ci-gît moi et mon dernier cri."

 



HISTOIRE DE ZINC
(E. Lemaire / E. Lemaire)

On fêtait ce soir-là tout ce qu'on regrettait,
Croix de fer, croix de bois, si j'mens, j'évite l'enfer.
Tous les si, tous les ou, toutes les promesses en l'air,
See you soon, si vous minent les simagrées de vos pairs.

On jetait nos crécelles par-dessus la mer,
Et nos livres ouverts sur les plaisirs de chère.
Qu'est-ce qu'on va pouvoir faire de tout ce temps sur cette Terre ?
Est-ce qu'on va pouvoir plaire à un minimum de monde,
Et s'trouver une histoire qui ne soit pas d'outre-tombe ?
Un endroit bien à soi même si c'est en seconde qu'on voyageait, tant pis,
Tant pis pour la mappemonde ! !

Mon cerveau qui déraille vient d'entrer en guerre…
Attention au départ ! Fermez les paupières !
Va falloir qu'on s'en aille, finis ton dernier verre,
Lève le coude du comptoir et reprend la mer…

On a bu ce soir-là toutes les larmes de la Terre,
Accumulé les verres à la santé de nos âmes,
A nos corps fatigués, à la beauté des femmes
Et la peur de la mort blottie dans l'arrière-salle.

Va falloir qu'on soit beau, qu'on surveille nos arrières,
Qu'on laisse tomber de haut les rêves qui tournent court.
Va falloir que l'on traîne nos vieilles carcasses bien pleines,
Qu'on les amène au grand jour voir si le soleil peut encore quelque chose pour elles.

Mon cerveau qui déraille vient d'entrer en guerre.
Attention au départ ! Fermez les paupières !
Va falloir qu'on s'en aille, finis ton dernier verre,
Lève le coude du comptoir et reprend la mer…

On fêtait ce soir-là tout ce qu'on regrettait…





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